Mardi, Avril 29, 2008

Le réchauffement climatique favorable au phytoplancton

Selon un article du Monde, le réchauffement climatique aurait des effets plutôt bénéfiques sur le phytoplancton.


Des phytoplanctons profitent du rechauffement climatique, Le Monde, 21/04/08

Stephane Foucart

Ne jamais desesperer de la nature. Ce pourrait etre la lecon de l’etude publiee dans la revue Science, vendredi 18 avril, par une equipe d’oceanographes et biologistes : elle met en evidence l’etonnante faculte de certains planctons a prosperer, non seulement en depit mais grace a l’augmentation du dioxyde de carbone (CO2) atmospherique. Une propriete qui dejoue toutes les previsions.

Certains planctons vegetaux (ou phytoplanctons), socle de la chaine alimentaire oceanique, ne peuvent prosperer qu’en se construisant un exosquelette calcaire, tres sensible a l’acidite. Or l’acidite des eaux oceaniques augmente proportionnellement a la concentration atmospherique en CO2. On estimait donc jusqu’a present que l’evolution du climat allait fragiliser ces especes.

De telles previsions inquietaient les specialistes. Le phytoplancton est en effet une gigantesque usine photosynthetique de pompage et de recyclage du CO2 de l’atmosphere. Il y “preleve” plus de 50 milliards de tonnes de carbone par an et l’introduit dans la chaine alimentaire. Que le phytoplancton vienne a decliner et c’est la capacite des oceans a attenuer le changement climatique qui s’en trouverait amoindrie…

Les auteurs de l’etude ont mene des tests sur Emiliania huxleyi, un coccolithophoride qui compte parmi les especes les plus courantes de phytoplancton. Ils ont place ces vegetaux microscopiques dans un milieu dont ils ont fait changer l’acidite. Ils ont constate que dans une eau aussi acide que le seraient les oceans avec une concentration atmospherique de CO2 de 780 parties par million (ppm), Emiliania huxleyi forme des cellules jusqu’a deux fois plus volumineuses et mieux calcifiees que dans une eau correspondant a la concentration de CO2 preindustrielle de 280 ppm (elle est aujourd’hui de 385 ppm et croit a raison d’une a deux ppm par an).

En outre, ecrivent Debora Iglesias-Rodriguez (universite de Southampton, Grande-Bretagne) et ses coauteurs, ces resultats en laboratoire sont coherents avec des mesures operees sur des carottes sedimentaires prelevees dans l’Atlantique Nord. Selon les chercheurs, depuis 220 ans, la masse totale de coccolithophorides aurait cru de pres de 40 %.

“Relatif scepticisme”

Faut-il en deduire que l’activite biologique de l’ocean va croitre ? “Il est aujourd’hui impossible de le prevoir avec certitude”, estime l’oceanographe James Orr. De recentes observations par satellite suggerent l’inverse (Le Monde du 5 fevrier). D’autres effets du rechauffement, par exemple le ralentissement des remontees d’eaux profondes, riches en nutriments, pourraient freiner la croissance des planctons vegetaux.

“L’acidification des oceans a un effet nefaste bien documente sur la croissance d’organismes comme les foraminiferes ou les coraux, precise James Orr. Concernant l’etude publiee dans Science, la communaute restera relativement sceptique jusqu’a ce que l’on mette en evidence les mecanismes biologiques qui rendent possible un tel paradoxe.” Cela reste, pour l’heure, un complet mystère.

Source Le Monde


Posté par Rédaction le 04/29 à 07:27 AM
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