Chronique du social-capitalisme par Teaki
Les Chroniques du social capitalisme de Teaki. écrivain et chef d’entreprise. Originaire de Polynésie française (Iles Marquises), née au Sénégal, elle a aussi beaucoup voyagé en Afrique, en Asie et travaillé au Japon.
Teaki livre sur le blog d’Alternativechannel.tv son point de vue pragmatique et sortant de sentiers battus sur le social-capitalisme.
Mercredi, Décembre 10, 2008
Fondation Chirac et programme Sorosoro
Fondation Chirac et programme Sorosoro par Teaki Dupont-Cochard
Les Nations Unies ont déclaré l’année 2008 année Internationale des langues. Nous parlons environ 6000 langues de part le monde. D’après l’Unesco, d’ici à la fin du 21ème siècle, seulement la moitié ou peut-être seulement 10% de ces langues survivront.
La diversité culturelle repose sur la diversité des langues.
La Fondation Chirac emploiera des moyens aussi simples que volontaristes :
• Rester ouvert et utiliser les médias, la télévision, l’Internet
• Encourager la création contemporaine artistique
« Là où est ton trésor, ton cœur demeure »
Cela recouvre une tendance générale et sans doute générationnelle de donner du sens à notre évolution. Ce sens repose aussi dans la permanence des cultures premières, leur vivacité, leur autorité. La langue nous suit, nous transmet ce que les anciens ont pensé, aimé, rêvé.
Nous marchons mais quel monde ? Nous voulons emmener avec nous les mots, les rites, se les approprier, les faire vivre. La culture première n’est pas contraignante. Elle invite, enrichit, pousse à l’échange entre le passé, le présent et l’avenir, les anciens et les plus jeunes, les différents savoirs.
Pour réussir cet idéal, il faut aussi montrer ce que chacun gagne concrètement à fournir l’effort de mémorisation, d’apprentissage, de perfectionnement de la langue.
Appartenir et faire vivre une communauté (difficiles racines dans un monde Tohu-bohu)
Au Musée du Quai Branly, j’ai retrouvé avec joie Rigoberta Menchu Tum, Prix Nobel de la Paix, marraine du Forum d’Alternativechannel.tv à Barcelone le 30 avril dernier. La petite grande dame a parlé avec son cœur, remercié Jacques Chirac de l’admettre dans ce rêve. La petite larme de la femme qui lutte et qui peine. Dans sa bouche, le mot Winaq, qui signifie en Ki’che (l’une des 30 langues mayas) « l’être humain intégral ». Pour Rigoberta, le développement est durable s’il respecte et aide les langues à vivre. En respectant la diversité des langues, leur richesse, l’homme respecte son rythme, le temps humain et évite de se laisser embarquer dans un monde pratique parce qu’uniforme, efficace car monolingue voire monolithique.
Rozenn Milin, directrice du programme Sorosoro, rappelle les faits importants : 96% de la population mondiale parle 4% des langues et inversement, 96%des langues sont parlées par 4% de la population mondiale. Une langue est donc parlée en moyenne par mille personnes…Rozenn Milin défend avec une belle ferveur la diversité des langues aussi importante que la diversité biologique. Ces diversités subissent les mêmes affronts : regardez la carte de la déforestation, superposez celle des langues en danger…La similitude est surprenante.
L’ancienne Directrice générale de TV Breizh est percutante : 90% des langues vont disparaître et souvent par suicide linguistique. Les parents refusent par honte, peur, de transmettre leur langue. Il s’agit dans bien des cas de retrouver sa langue ancestrale qui n’est pas sa langue maternelle. En effet, nombreux sont les peuples dépossédés de leur langue
Teaki Dupont-Cochard est écrivain, chroniqueuse et chef d’entreprise. Originaire de Polynésie française (Iles Marquises), née au Sénégal, elle a beaucoup voyagé en Afrique, en Asie et travaillé au Japon.
Teaki livre sur le blog d’Alternativechannel.tv son point de vue pragmatique et sortant de sentiers battus sur le social-capitalisme. (Lire aussi www.teaki.net)
Lundi, Décembre 08, 2008
La guerre du pétrole n’aura pas lieu…un vœu pieu?
Chronique sur le social capitalisme (suite)
La guerre du pétrole n’aura pas lieu…un vœu pieu ? par Teaki Dupont-Cochard
Social-capitalisme et pétrole
« Light sweet crude », « North Sea Brent », « Sour Crude » ne sont pas de noms de cocktails à la mode mais des appellations du pétrole qui pourraient inspirer un Molotov du 21ème siècle. Le prix du baril a remplacé la météo au hit-parade de l’information quotidienne. Est-ce à dire que nous craignons plus la hausse du prix du baril que les désagréments climatiques ? Dans les deux cas, l’Homme a peur que le ciel lui tombe sur la tête. Notre tension dépend du prix du baril, notre humeur de ses variations, nos angoisses de son augmentation régulière et sans limite. Voici revenu le temps des prophéties, des craintes déraisonnables et autres délires cataclysmiques. Les expressions comme « crise systémique mondiale » sont de nouveau à la mode. Les frustrés du big-bang de l’an 2000 prendraient-t-ils leur revanche à l’aube de la première décennie du nouveau siècle ?
Dans cette pièce de théâtre aux accents tragiques, l’Etat, les entreprises et les consommateurs forment un triptyque à l’équilibre périlleux avec comme ligne de terrain l’Equateur et les tropiques. ON ne réagit pas de la même façon au prix du baril selon que l’on vit à Paris ou à Colombo. Mais on réagit… L’équation semble sommaire : « Plus le pétrole augmente, plus nous serons privés donc malheureux… » L’étau se resserre au rythme des calamités, guerres ou conflits sous-jacents (tensions entre l'Iran et Israël), calculs de pays producteurs (augmentation du prix du baril malgré l’engagement de l'Arabie saoudite d'extraire davantage de brut) …
A chaque semaine sa mauvaise nouvelle. Somme-nous les otages des enjeux géopolitiques et des spéculateurs navrés du dollar dépressif? Les évènements à l’échelle planétaire se répercutent de manière quasi-instantanée dans la vie quotidienne des foyers. A ce titre, nous vivons tous des destins globalisés. A ce titre aussi, est libre celui qui ne subit pas l’impact du prix du pétrole…
Le pétrole nous apporte une nouvelle définition de l’existence, de la liberté comme du malheur. Nous pouvons choisir de l’ignorer et de feindre que le prix du pétrole n’a pas d’incidence sur notre quotidien ou faire face au problème, essayer de le comprendre, en extraire des comportements et des solutions vivables pour le plus grand nombre.
Voilà en quoi ma réflexion sur le pétrole, son prix, la taxation de ses profits, la subvention de ses victimes nous ramène au social-capitalisme. Le pétrole concerne (presque) tout le monde ; est-ce normal que (presque) tout le monde n’en tire pas quelques profits ? Le capitalisme peut-il engendrer une économie plus sociale en entamant une politique énergétique pluraliste ?
Pouvons-nous éviter la vie en monochromie?
Les entreprises se partagent en deux espèces : Les entreprises productrices de pétrole et les entreprises qui en consomment (même si celles-ci regroupent aussi les premières). Les rangs sont serrés, la colère actuelle, le découragement latent. Quand Mustafa Al-Shimali, ministre des Finances du Koweït, partage l’opinion de Michael O'Leary, CEO de Ryanair en estimant que le baril à plus de 100 dollars est trop élevé et stimule l'inflation, que devons-nous penser ? La situation est-elle toujours « under control » ? Sur l’esplanade de La défense, le quartier d’affaires parisien, des routiers étalaient leur banderole TIPP : Taxe intérieure pour Périr, tandis que Frédéric Beigbeder, Président de Poweo, fournisseur de gaz alternatif à la compagnie nationale française décrie les appels à la taxation des profits sur l’exploitation pétrolière comme de la démagogie menant à la fuite des investissements et la délocalisation. Chacun y va de son « Va de retro Satanas » mais qui a le courage parmi nos hommes politiques pour passer la vitesse supérieure dans le processus de désintoxication pétrolière ?
Les pays producteurs de pétrole sont souvent décriés comme les premiers profiteurs de la situation. Or, l'inflation a dépassé 10 % dans cinq des six Etats du golfe Persique, parmi lesquels l'Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis . Mahmoud Ahmadinejad de l’OPEP a jeté le pavé dans la mare. «La hausse de la consommation est inférieure à celle de la production, a-t-il déclaré lors de la réunion du Fonds Opep pour le développement international. Le marché est bien fourni mais les prix augmentent et cette situation est artificielle et imposée (…) Certaines puissances capitalistes tirent artificiellement à la hausse les prix du pétrole pour assurer les coûts de leurs guerres et occupations ou pour justifier les investissements pour l'exploitation de nouvelles sources d'énergie au fond des océans, aux pôles et ailleurs».
Dans les pays développés, consommateurs et non producteurs de pétrole, pouvons-nous copier des pays comme l’Algérie et taxer les profits exceptionnels des sociétés pétrolières étrangères ? La proposition de Ségolène Royale de taxer les bénéfices des entreprises pétrolières apparaît comme une fausse bonne idée car 80%+ du capital de TEP appartient à des petits porteurs et fonds divers. Taxer les bénéfices reviendrait donc à taxer tout le monde.
Pour le pays pauvres, l’issue est d’autant plus cruciale qu’elle induit une augmentation de la pauvreté et de la faim. Aucune solution facile mais il est urgent de résoudre les manquements graves de la santé, la nutrition, l’éducation. Le droit au développement et à la vie passe avant toute considération financière mais nous devons tenir compte de la nature humaine et en particulier de l’attitude des consommateurs.
Les consommateurs : Révolution ou adaptation
Nous sommes malgré l’Internet et autres médias, désinformés quand au prix réel de l’énergie qui est en fait resté à des niveaux artificiellement bas pendant très longtemps, ce qui nous a confortés dans de mauvaises habitudes de consommation. La pollution en est la principale conséquence.
Si nous prenions le problème à l’envers ? Au lieu de nous lamenter sur le prix du pétrole qui, s’il n’est pas une fatalité est aussi contrôlable que le temps qu’il fait…Au lieu de chercher un responsable ou d’organiser des séances de boycott ou de lynchage collectif, nous pourrions éviter de nous engager dans un combat perdu d’avance.
Ne rien faire ? Que nenni. Contourner l’obstacle est une solution : changer nos habitudes pour consommer moins et de manière plus efficace et ainsi, polluer moins. Cela détendrait les marchés et découragerait les spéculateurs. Changer le cercle vicieux en cercle vertueux.
Les consommateurs du quotidien qui ne sont pas regroupés en organisation professionnelle comme les pêcheurs, les chauffeurs-routiers,...doivent prendre conscience de leur pouvoir et réexaminer les solutions alternatives : notre idée du nucléaire, les énergies renouvelables,…
Nous pouvons devenir nos propres producteurs d’énergie en optimisant panneaux solaires, énergie électrique, récupération de l’eau,…
Nous devons optimiser l’utilisation de l’Internet en minimisant nos déplacements. Travailler de visu devient un luxe. Tirons-en profit en travaillant à distance. Ce sont des solutions de longue haleine mais comme tous les grands enjeux, ils demandent un effort important et constant. La guerre du pétrole n’aura pas lieu, voilà qui devrait être notre nouveau mantra…
Source:
http://www.glossary.oilfield.slb.com/Display.cfm?Term=light%20crude%20oil
Teaki Dupont-Cochard est écrivain, chroniqueuse et chef d’entreprise. Originaire de Polynésie française (Iles Marquises), née au Sénégal, elle a beaucoup voyagé en Afrique, en Asie et travaillé au Japon.
Teaki livre sur le blog d’Alternativechannel.tv son point de vue pragmatique et sortant de sentiers battus sur le social-capitalisme. (Lire aussi www.teaki.net)
Vendredi, Décembre 05, 2008
Du social-capitalisme
Chronique sur le social capitalisme par Teaki Dupont-Cochard
Du social-capitalisme
Olivier Giscard d'Estaing, fondateur de l’Insead, écrivait en 1977, un livre aujourd’hui épuisé « le social-capitalisme ou le chemin vers la prospérité mondiale ». Depuis, la crise du choc pétrolier, la croissance des années 80 conjuguée à la folie des marchés financiers dans l’insouciance qui ne souffrait pas de frontières se sont succédées…L’effet boomerang de l’euphorie en partie digéré, nous sommes nombreux à vouloir renouer avec une croissance raisonnée et un réel progrès de société, partagé et créateur de richesses pour la communauté et en particulier les plus démunis.
Une utopie de plus ? Peut-être.
Cela dit, quand l’utopie regroupe des personnalités aussi disparates que Mohammed Yunus, Bill Gates ou Warren Buffet, que penser ? Que nous français, sommes des fruits cartésiens d’une nation d’institutions où le bien public relève de l’Etat ? Depuis longtemps, nos ONG ont prouvé le contraire. Nous ne sommes bien servis que par nous-mêmes. Autrement dit, l’économie s’inspirant de l’humanitaire, pourquoi les entrepreneurs ne saisiraient pas l’opportunité qui s’offre à eux de faire le bien ? Par défiance? Par manque de conviction ? Ou tout simplement par ignorance ?
Ne jetons pas la pierre à l’entrepreneur taraudé par l’indispensable (croit-il) quête de croissance et de dividendes. C’est qu’en France, comme dans bien d’autres pays, le discours bicéphale prévaut. Notre pays est partagé en deux hémisphères rivaux, celui de gauche et celui de droite. Ces deux hémisphères se boudent et agissent comme deux frères ennemis. La gauche et la droite refusent de reconnaître qu’ils sont issus de la même famille et que leur intérêt est d’avancer ensemble. Comment, dans ce cas, encourager les entrepreneurs à faire le bien ?
Au contraire des nouveaux riches de la Silicon Valley qui se prévalent d’être aussi bons pour faire de l’argent (making money) que pour faire le bien , nos entrepreneurs français semblent se résigner à endosser les étroits habits de patrons « pourris par l’argent» (sic !).
Quand verra-t-on que la grande majorité de la population mondiale peine à se nourrir, recevoir une éducation, travailler dans des conditions normales. Dans bien des pays où le niveau de vie est largement inférieur au notre, les populations ne pointent pas du doigt les patrons comme des nantis. Au contraire, elles veulent avoir la chance de posséder un jour leur outil de production. Devenir entrepreneur est sous bien des latitudes, déjà une réussite.
Se fiera-t-on aux mauvaises expériences des français et à leur juste défiance vis-à-vis des dérives actuelles ? Patrons du CAC 40 avec golden parachute, mic-mac financier à l’UIMM, …L’arbre ne saurait cacher la forêt. Pour un « grand » patron, combien d’entrepreneurs lambda doivent convaincre qu’ils œuvrent pour le bien de l’entreprise et pas seulement pour leur portefeuille ? Question de bon sens : pourquoi des hommes et des femmes se tireraient une balle dans le pied en amputant leur entreprise pour laquelle ils ont bien souvent emprunté ou hypothéqué un salaire confortable s’ils étaient restés salariés ?
L’aventure de l’entrepreneur est semée d’embûches. Le patron de PME français, Indiana Jones du monde de l’entreprise, est forcé (s’il n’en prend pas l’initiative) de verser dans le capitalisme social, c’est à-dire, le capitalisme qui profite au plus grand nombre.
Grand bien lui ferait d’écouter davantage les voix qui émergent des pays en voie de développement où l’on commence à croire que le capitalisme social contribue à éradiquer la pauvreté et réduire les inégalités. Pour Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix 2006, nous pouvons faire naître une nouvelle forme d’activité économique, complémentaire au modèle classique, permettant de produire des avantages sociaux en ayant recours au libre marché. Le « social-business » pourrait profondément renouveler le capitalisme.
A suivre…
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Chronique sur le social capitalisme par Teaki Dupont-Cochard (suite)
Qu’est-ce qu’un social-business ?
Si votre entreprise :
• gagne de l’argent
• n’est pas tendue exclusivement vers la maximisation du profit
• consacre ses bénéfices à la diminution des coûts, à la production d’avantages sociaux
• est détenue par des pauvres
Votre entreprise est un social business.
Si votre entreprise :
• agit dans un but social
• couvre ses coûts et récupère l’argent investi
• ne rémunère pas ses actionnaires
Votre entreprise est aussi un social business.
Illusoire ? Les premiers social-business créés par le groupe Grameen témoignent du contraire en collaborant avec Danone, le Crédit Agricole ou Veolia pour créer des social-business. Avec Danone, par exemple, Grameen produit un yaourt enrichi en vitamines pour les enfants. « Le marché reste très petit, même si le yaourt est moins cher que la production locale et que les gens l'apprécient. Pour l'instant, c'est une petite unité de production. Sept personnes y travaillent, plus une vingtaine de femmes, qui vendent le yaourt porte-à-porte. C'est une première petite usine. Dans dix ans, il y en aura 50 dans tout le Bangladesh. » prédit Mohammad Yunus. Et nous voulons bien le croire. La prophétie du prix Nobel de la Paix 2006 est plus que séduisante, elle est vitale.
http://grameenfoundation.wordpress.com/
Teaki Dupont-Cochard est écrivain et chef d’entreprise. Originaire de Polynésie française (Iles Marquises), née au Sénégal, elle a aussi beaucoup voyagé en Afrique, en Asie et travaillé au Japon.
Teaki livre sur le blog d’Alternativechannel.tv son point de vue pragmatique et sortant des sentiers battus sur le social-capitalisme. (Lire aussi
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