Du social-capitalisme

Chronique sur le social capitalisme par Teaki Dupont-Cochard

Du social-capitalisme

Olivier Giscard d'Estaing, fondateur de l’Insead, écrivait en 1977, un livre aujourd’hui épuisé « le social-capitalisme ou le chemin vers la prospérité mondiale ». Depuis, la crise du choc pétrolier, la croissance des années 80 conjuguée à la folie des marchés financiers dans l’insouciance qui ne souffrait pas de frontières se sont succédées…L’effet boomerang de l’euphorie en partie digéré, nous sommes nombreux à vouloir renouer avec une croissance raisonnée et un réel progrès de société, partagé et créateur de richesses pour la communauté et en particulier les plus démunis.

Une utopie de plus ? Peut-être.
Cela dit, quand l’utopie regroupe des personnalités aussi disparates que Mohammed Yunus, Bill Gates ou Warren Buffet, que penser ? Que nous français, sommes des fruits cartésiens d’une nation d’institutions où le bien public relève de l’Etat ? Depuis longtemps, nos ONG ont prouvé le contraire. Nous ne sommes bien servis que par nous-mêmes. Autrement dit, l’économie s’inspirant de l’humanitaire, pourquoi les entrepreneurs ne saisiraient pas l’opportunité qui s’offre à eux de faire le bien ? Par défiance? Par manque de conviction ? Ou tout simplement par ignorance ?

Ne jetons pas la pierre à l’entrepreneur taraudé par l’indispensable (croit-il) quête de croissance et de dividendes. C’est qu’en France, comme dans bien d’autres pays, le discours bicéphale prévaut. Notre pays est partagé en deux hémisphères rivaux, celui de gauche et celui de droite. Ces deux hémisphères se boudent et agissent comme deux frères ennemis. La gauche et la droite refusent de reconnaître qu’ils sont issus de la même famille et que leur intérêt est d’avancer ensemble. Comment, dans ce cas, encourager les entrepreneurs à faire le bien ?

Au contraire des nouveaux riches de la Silicon Valley qui se prévalent d’être aussi bons pour faire de l’argent (making money) que pour faire le bien , nos entrepreneurs français semblent se résigner à endosser les étroits habits de patrons « pourris par l’argent» (sic !).

Quand verra-t-on que la grande majorité de la population mondiale peine à se nourrir, recevoir une éducation, travailler dans des conditions normales. Dans bien des pays où le niveau de vie est largement inférieur au notre, les populations ne pointent pas du doigt les patrons comme des nantis. Au contraire, elles veulent avoir la chance de posséder un jour leur outil de production. Devenir entrepreneur est sous bien des latitudes, déjà une réussite.

Se fiera-t-on aux mauvaises expériences des français et à leur juste défiance vis-à-vis des dérives actuelles ? Patrons du CAC 40 avec golden parachute, mic-mac financier à l’UIMM, …L’arbre ne saurait cacher la forêt. Pour un « grand » patron, combien d’entrepreneurs lambda doivent convaincre qu’ils œuvrent pour le bien de l’entreprise et pas seulement pour leur portefeuille ? Question de bon sens : pourquoi des hommes et des femmes se tireraient une balle dans le pied en amputant leur entreprise pour laquelle ils ont bien souvent emprunté ou hypothéqué un salaire confortable s’ils étaient restés salariés ?

L’aventure de l’entrepreneur est semée d’embûches. Le patron de PME français, Indiana Jones du monde de l’entreprise, est forcé (s’il n’en prend pas l’initiative) de verser dans le capitalisme social, c’est à-dire, le capitalisme qui profite au plus grand nombre.
Grand bien lui ferait d’écouter davantage les voix qui émergent des pays en voie de développement où l’on commence à croire que le capitalisme social contribue à éradiquer la pauvreté et réduire les inégalités. Pour Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix 2006, nous pouvons faire naître une nouvelle forme d’activité économique, complémentaire au modèle classique, permettant de produire des avantages sociaux en ayant recours au libre marché. Le « social-business » pourrait profondément renouveler le capitalisme.

A suivre…

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Chronique sur le social capitalisme par Teaki Dupont-Cochard (suite)

Qu’est-ce qu’un social-business ?

Si votre entreprise :
• gagne de l’argent
• n’est pas tendue exclusivement vers la maximisation du profit
• consacre ses bénéfices à la diminution des coûts, à la production d’avantages sociaux
• est détenue par des pauvres

Votre entreprise est un social business.

Si votre entreprise :

• agit dans un but social
• couvre ses coûts et récupère l’argent investi
• ne rémunère pas ses actionnaires

Votre entreprise est aussi un social business.

Illusoire ? Les premiers social-business créés par le groupe Grameen témoignent du contraire en collaborant avec Danone, le Crédit Agricole ou Veolia pour créer des social-business. Avec Danone, par exemple, Grameen produit un yaourt enrichi en vitamines pour les enfants. « Le marché reste très petit, même si le yaourt est moins cher que la production locale et que les gens l'apprécient. Pour l'instant, c'est une petite unité de production. Sept personnes y travaillent, plus une vingtaine de femmes, qui vendent le yaourt porte-à-porte. C'est une première petite usine. Dans dix ans, il y en aura 50 dans tout le Bangladesh. » prédit Mohammad Yunus. Et nous voulons bien le croire. La prophétie du prix Nobel de la Paix 2006 est plus que séduisante, elle est vitale.

http://grameenfoundation.wordpress.com/

Teaki
Teaki Dupont-Cochard est écrivain et chef d’entreprise. Originaire de Polynésie française (Iles Marquises), née au Sénégal, elle a aussi beaucoup voyagé en Afrique, en Asie et travaillé au Japon.
Teaki livre sur le blog d’Alternativechannel.tv son point de vue pragmatique et sortant des sentiers battus sur le social-capitalisme.
(Lire aussi www.teaki.net)



Posted by on 12/05 at 10:25 AM
more...

Chère Demoiselle, si je vus ai bien comprise...Danone vent ses yaouths moins chers que la production locale...c’est à dire qu’il la tue ! Nous voyons cela , sans cesse, dans tous les pays africains où l’agriculture vivrière locale est déouragée...par nos produits - de pays riches- subventionnés par nos Etats .

Posted by  on  12/11  at  01:22 PM

Demoiselle, demoiselle si vous voulez...dans ce cas précis, il ne s’agit pas d’actions de nos “Etats riches” (sic)mais d’initiatives privées soutenues par des associations à but non lucratif. Ai-je donc prononcé un gros mot en disant Danone? Cela semble vous hérisser.
Qui vous a dit que les acteurs du yaourt au Bangladesh étaient des petits producteurs qui crevaient de faim?
Ce serait sans doute à vous de changer vos œillères. Il existe aussi de très gros producteurs de produits laitiers en Afrique comme en Asie, monsieur qui semblez tout savoir...et le problème est bien de donner un accès au marché local à des petits producteurs…
Le débat est ouvert...Tant mieux.
Teaki

Posted by  on  12/11  at  05:19 PM

Bonjour à tous,
J’aimerais attirer l’attention sur ce qu’est la Responsabilité Sociale et sociétale des Entreprises (RSE), ou une magnifique opportunité pour les entreprises de toutes tailles, (inter)nationales ou locales, de (dé)montrer que son Directeur Général est aussi concerné par la Direction Générale que prendra le monde .
La RSE étant une approche volontaire, et n’allant pas à l’encontre du gain, elle permet d’augmenter la valeur non financière et immatérielle de l’entreprise. Ceci étant dit, je pense qu’il est important que tous les acteurs restent à leur place, dans leurs activités, à savoir, les entreprises doivent continuer à gagner de l’argent (en payant ce qui doit JUSTEMENT être payé aux producteurs par exemple), et les ONG et/ou associations en accompagnant la création d’entreprises (par la microfinance par exemple), mais aussi en restant vigilants aux pratiques diverses (et les dénonçant et/ou encourageant s’il y a lieu), en s’associant à des programmes de certification et en restant le lien local de référence.
Eric Feront
http://www.csrandmanagement.eu et http://marketingetrse.blogspot.com

Posted by Eric Feront  on  12/15  at  04:33 AM
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