Amazonie : le dilemme du développement et de la protection environnementale
Le futur écologique de l'Amazonie reste obscur face à la démission de la Ministre de l’environnement, Marina Silva qui occupait le poste depuis 2003, nommée par Lula da Silva.Qualifiée "d’ange gardien de l’écologie" par Greenpeace, les défenseurs de la nature du Brésil expriment leurs craintes: « c’est un désastre pour le gouvernement » a déclaré le vice-président du groupe écologiste Conservation internationale José Maria Cardoso. D’autres, comme Le président de la Fédération d'agriculture et élevage du Mato Grosso (centre ouest), Rui Prado, la qualifiait de trop radicale, la ministre "avait été une catastrophe pour le développement du Brésil".
Carlos Minc reprend la difficile mission de faire collaborer le développement économique du Brésil avec la protection de son environnement, l’objectif primordial restant la lutte contre la déforestation massive qui a repris de plus belle. 50 millions d’hectares devront être protégés d’ici 2010.
Découvrez sur Alternative Channel la difficile situation de l’Amazonie, et notamment la catastrophe écologique qui s’intensifie dans la région du Mato Groso à travers le documentaire AMASOYA réalisé par l’association Aquaverde.
L’avenir de l’Amazonie brésilienne entre dans une zone d’ombre, AFP, 16/05/08
Rio de Janeiro (AFP) - 09h32 - L’avenir de l’Amazonie brésilienne entre dans une zone d’ombre après la démission de la ministre de l’Environnement qui a quitte son poste affaiblie par une serie de batailles perdues contre le lobby agro-industriel et des membres du propre gouvernement.
“Ma présence au sein du gouvernement n’apportait plus rien”, a affirme jeudi Mme Marina Silva, deux jours après avoir donne sa démission au président Luiz Inacio Lula da Silva qui l’avait nommée lors de son arrivée au pouvoir, en 2003.
Mme Silva, 50 ans, a quitte ses fonctions qualifiée “d’ange gardien de l’écologie” par Greenpeace mais aussi “d’ennemi du développement” par les grands producteurs agricoles.
Originaire de l’Etat amazonien de l’Acre et ex récolteuse de latex, Mme Silva a tente de freiner l’avancée de l’agrobusiness qui grignote chaque fois plus de foret amazonienne. Elle a aussi soulève la colère des entrepreneurs en raison de sa lenteur a céder des autorisations pour la construction de projets d’infrastructure qu’elle jugeait dangereux pour l’environnement et qui demandaient des études d’impact sur l’environnement.
L’Amazonie brésilienne est suivie à la loupe par la communauté internationale car elle est la plus grande foret tropicale du monde. Elle renferme 25% des espèces végétales et animales de la planète.
Avec ses 7,9 millions de kilomètres carres, elle couvre près de 60% du territoire brésilien.
La déforestation et les brulis sont les principales sources d’émission de dioxyde de carbone (CO2) au Brésil et alimentent le réchauffement climatique.
Durant la gestion de Marina Silva, le Brésil a réduit de 60% les déboisements en Amazonie de 2005 a 2007. Cependant la coupe illégale des arbres a connu une recrudescence d’août a décembre dernier.
Mme Silva a mis sur le compte des grands producteurs agricoles, avides de produire plus face a la hausse des prix croissante des aliments selon elle, la déforestation. Le président Lula en revanche a estime qu’il était “prématuré” d’accuser le secteur agro-industriel.
Néanmoins, le gouvernement a adopte des sanctions plus sévères contre quiconque ne respectait pas la législation environnementale.
Pour le vice-président du groupe écologiste Conservation internationale, Jose Maria Cardoso, la sortie de Mme Silva est “un désastre pour le gouvernement”.
“Si le Brésil avait une crédibilité mondiale en matière d’environnement c’était grâce a elle”, a-t-il dit.
Le président de la Fédération d’agriculture et élevage du Mato Grosso (centre-ouest), Rui Prado, a estime quant a lui que la ministre “avait été une catastrophe pour le développement du Brésil”.
“Elle a oublie que le principal de l’écologie c’est l’être humain. J’espère que le prochain ministre sera moins radical”, a-t-il ajoute.
Lula a choisi l’actuel secrétaire à l’Environnement de l’Etat de Rio, l’écologiste Carlos Minc, pour succéder à Mme Silva.
Minc, 56 ans, a bonne réputation parmi les écologistes mais il a été critique récemment pour ne pas avoir été très scrupuleux lors de l’octroi d’autorisations pour la construction de travaux d’infrastructure à Rio.
“Minc a les moyens de faire face a la communauté internationale mais comment réagira-t-il aux pressions du gouvernement”, s’interroge Marcelo Furtado, porte-parole de Greenpeace.
La déforestation de l’Amazonie a repris, Le Figaro, 16/05/08
Anne Cheyvialle
Impuissante face aux lobbies malgré ses efforts, la ministre de l’Environnement du président brésilien Lula vient de démissionner.
Le nouveau ministre de l’Environnement brésilien, Carlos Minc, le reconnaît. Sa mission s’annonce délicate, après la démission mardi de Marina Silva, figure emblématique du gouvernement de Luiz Inacio Lula da Silva. Amie de longue date du président, Marina a jeté l’éponge, lassée par cinq années de lutte contre les intérêts économiques qui privilégient les exportations agricoles, l’élevage et les biocarburants. Autant d’activités qui grignotent chaque jour un peu plus l’Amazonie. Or, selon les dernières données de février, la déforestation a repris de plus belle en 2007 : entre août et décembre, plus de 3 200 kilomètres carres ont été détruits.
Il aura fallu toute la force de persuasion de Lula pour convaincre Carlos Minc, écologiste de toujours, qui fut l’un des fondateurs du parti vert, et depuis un an secrétaire a l’Environnement de l’Etat de Rio de Janeiro. «Je ne voulais pas ce poste, je préférais de loin poursuivre le travail très important que nous avons entame a Rio», a explique le ministre au Figaro. Avant d’accepter, il a pose ses conditions, notamment d’avoir carte «verte» pour former son ministère, que l’environnement soit partie prenante des arbitrages sur la politique industrielle, que les licences environnementales ne soient pas attribuées aux entreprises pour des raisons politiques. Le sujet est particulièrement sensible, le président Lula ayant à plusieurs reprises critique la lenteur du ministère pour lancer des travaux d’envergure en Amazonie, comme la construction d’usines hydroélectriques. «Nous pouvons faire très vite tout en étant très rigoureux», se targue le nouveau ministre, qui cite en exemple une licence obtenue en un temps record, moins de six mois, par le géant pétrolier Petrobras, pour implanter un complexe industriel de 10 milliards de dollars dans l’Etat de Rio. «Nous avons impose des contreparties très importantes pour la préservation de l’environnement», insiste-t-il.
Cinquante millions d’hectares protéges d’ici a 2010
Pour mener a bien sa nouvelle mission, Carlos Minc compte sur son expérience politique : 20 ans de mandat, plus de 100 lois a son actif. A court terme, il veut transposer des initiatives menées à Rio pour enrayer la destruction de la plus grande foret tropicale du monde. Il propose notamment de rémunérer des petits producteurs qui se lanceront dans des projets de biodiversité, de mettre en place des bataillons de gardes forestiers pour surveiller les unites de conservation ou encore de lancer une loi fiscale «verte» Amazonie. Les mairies qui créeront des réserves nationales recevront un pourcentage plus important prélève de l’ICMS (impot sur la circulation des marchandises et des services). S’il reconnait ne pas etre un specialiste du sujet Amazonie, contrairement a son predecesseur, il entend s’entourer de spécialistes, notamment Jorge Viana, ex-gouverneur d’Acre. «Nous devons mettre en place une stratégie différentiée», ajoute-t-il. Carlos Minc suggère de réglementer les activités illégales d’élevage et de coupe de bois sur l’arc de déforestation qui s’étend du nord du Maranhao au nord de l’Etat de Goias (voir carte), de développer des industries non polluantes dans les zones déboisées qui doivent profiter aux 25 millions d’habitants de la foret mais aussi d’augmenter les zones protégées. Son objectif est de passer d’ici a 2010 de 20 millions a 50 millions d’hectares. Mais s’occuper d’environnement au Brésil, cela signifie aussi s’intéresser aux 150 millions de Brésiliens qui ne vivent pas en Amazonie. «70 % des habitations n’ont pas accès au tout-à-l’égout. C’est inadmissible», lance-t-il.





